Article

Les jugements, les conflits dans le couple et l’inertie dans la relation

Déprogrammation Psycho-Émotionnelle et Comportementale

la-juge

Dans les conflits dans le couple comme dans toutes nos relations, le jugement joue un rôle central. Le jugement est directement basé sur la dualité, le bien, le mal et la morale collective.

Juger revient à coller une étiquette sur ce que l’on voit en lui donnant une note positive ou négative et en s’appuyant sur la morale collective, le ON.

C’est beau, c’est moche, c’est bon, c’est mauvais, il est intelligent, il est stupide, etc…

On peut donc juger positivement « tu es intelligent » ou négativement « tu es stupide » et dans les deux cas c’est un jugement, une critique. On s’en sert en général pour donner une récompense ou une punition à l’autre ou à l’objet dont on parle.

Ce qu’il y a d’extrêmement nuisible dans le fait de juger, c’est que l’on fige les choses et on prend le risque de perpétuer ce que l’on ne veut justement pas voir !

Si l’on n’a pas en tête notre but en jugeant l’autre, on risque de ne pas s’apercevoir qu’on a le résultat inverse de ce que l’on voulait faire en émettant le jugement.

Voyons des exemples de façon de juger positive et négative et leur conséquence tragique.

  • Exemple d’un jugement positif :  je souhaite faire un compliment à une personne que jai vue faire une chose qui me parait très intelligente et je lui disTu es un génie, dis donc !!!” Et l’autre répond : “Oh mais nimporte qui peut le faire !!!Celui qui entend ça, s’il le croit, risque de s’enorgueillir et je ne lui donne aucune information sur les détails de ce qui me fait émettre ce jugement. La seule chose quil retient, c’est qu’il est un génie, mais pourquoi ??? Donc mon souhait est de faire une sorte de cadeau à l’autre qu’au final il réfute (oh nimporte qui peut le faire, efface, tu es un génie) et le résultat est quen plus, je crée potentiellement de lorgueil en lui s’il accepte mon jugement.
  • Exemple d’un jugement négatif : je souhaite faire un reproche à une personne que j’ai vue faire une chose qui me parait très irréfléchie. Mon souhait est qu’il soit plus attentionné, plus intelligent et je lui dis : “Mais tu es stupide ou quoi ??? » Tu ne peux pas faire attention !!!    La personne qui entend ça, si elle le croit, peut avoir 3 réactions : 

1 – l’autre risque de se défendre et de riposter (contrôle) par un autre jugement (c’est moi qui suis stupide, répète 

2 – de fuir (ben tu n’as qu’à te débrouiller tout seul si tu n’es pas content !!!) 

3 – de s’amoindrir et d’avoir son estime d’elle-même qui baisse (soumise), le résultat est qu’elle aura tendance à valider son manque d’attention et à se croire stupide à cause de mon jugement…

Donc mon souhait était de faire réagir l’autre avec un “coup verbal” afin de le rendre “plus intelligent” et le résultat est que :  1 –  je ne l’aide pas à évoluer,  2 –  je crée du trouble et les deux sortent frustrés,  3 –  je détériore la relation à chaque jugement. 

✦ ✦ ✦

Le jugement attire le jugement.

Les parts controlantes - Le moraliste

Un autre phénomène est que le jugement attire le jugement. Il force la contradiction !

Comme on l’a vu, on émet des jugements négatifs pour essayer de modifier une situation et des jugements positifs pour soutenir l’autre dans ce qu’il fait, punir ou récompenser l’autre.

Par exemple, quand on fait un jugement négatif « tu es idiot ou quoi ? », cela force la personne à se justifier, à nier, à mentir, pour essayer d’effacer le « tu es idiot » et il y a de grandes chances qu’il réponde à haute voix, ou dans sa tête (s’il fuit le conflit), « tu t’es vu, toi !!! / c’est toi l’idiot ! » et au final, rien ne change, ni l’un, ni l’autre.

Idem si on fait un jugement positif où l’on flatte l’autre, « tu es génial ». Si l’autre accepte le compliment/jugement, ça ne le tire pas vraiment vers le haut, il aurait tendance dans ce cas-là à se suffire à lui-même et à devenir suffisant : « Je suis génial 🙂 » Mais personne n’aime les personnes suffisantes qui sont sur un piédestal pour une raison simple : elles sont seules !

C’est assez classique que quand on émet un jugement, l’autre émette un autre jugement du point de vue inverse pour contrecarrer le nôtre et se fasse « l’avocat du diable », même s’il est d’accord avec nous.

Par exemple, quand dans une discussion, on vous dit ce que vous avez tendance à dire d’habitude (des propos de gauche par exemple), et que vous vous mettez à répondre ce que l’on vous répond d’habitude (des propos de droite) et que finalement l’autre commence à croire que vous pensez ce que vous dites (donc que vous êtes de droite), alors que vous ne faisiez que jouer à l’avocat du diable et qu’au fond, vous êtes d’accord avec lui… (vous êtes-vous déjà observé faire ça ?).

Ce phénomène est directement lié au fait de juger : quand on entend un jugement, on a envie de le contredire. Mais ce phénomène disparaît quand on arrête de juger.

Donc en termes d’évolution, le jugement est un outil assez inefficace qui tire plutôt vers le bas que vers le haut et vu que le verbe est créateur, on ne crée pas une réalité très évolutive, mais on crée à volonté de la frustration et de l’inertie.

D’ailleurs, dans les diverses religions, il est souvent dit « tu ne jugeras point ». « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre… disait Jésus. »

Mais alors du coup, si on ne juge plus, on fait quoi ???

On se tait et on ne fait plus de reproches ni de compliments ?

J’ai dû entendre plus de 200 fois dire avec certitude : « Moi je pense qu’on ne peut pas ne pas juger, on est obligé de juger pour faire des choix. »

Ce qui est complètement faux, on a absolument pas besoin de juger pour faire des choix, ni pour donner son avis, qu’il soit positif ou négatif.

On va le voir plus loin…

Heureusement la méthode CAPT nous permet de sortir définitivement du jugement et de créer des relations constructives et évolutives.

✦ ✦ ✦

Comment ne plus juger

On remplace tous nos jugements par des appréciations personnelles et précises, on sort du « ON » et de la morale collective pour entrer dans le JE personnel.

  • « C’est super bon » devient alors « J’adore ce plat !!! »
  • « Ce n’est pas très bon » devient « Ce n’était pas trop à mon goût, c’était trop salé pour moi, ou ça manquait d’épices pour moi, etc. »
  • « Tu es un menteur » devient « tu m’as menti et je ne sais plus ce que je dois croire »

Peut-être qu’il n’y a pas beaucoup de différence à vos yeux, mais pour guérir nos blessures intérieures, cela fait une grosse différence, car la seule personne que l’on juge à longueur de journée, c’est nous-mêmes. Et vu que le jugement fige les choses, il empêche d’évoluer et d’apaiser notre conflit intérieur. (Voir “comment guérir une blessure”)

✦ ✦ ✦

Apprécier au lieu de juger

Apprécier au lieu de juger permet de changer de posture intérieure, on sort de la morale collective pour entrer dans une expérience personnelle qui resserre les liens au lieu de les briser, qui pointe les choses avec finesse et précision là où le jugement caricature et déforme la réalité.

Reprenons notre exemple de jugement, et passons-le à la sauce appréciation.

Exemple d’une appréciation positive :

Je souhaite faire un compliment à une personne que j’ai vue faire une chose qui me paraît très intelligente. Mon intention est de lui partager mon admiration et je lui dis : “Je suis admiratif de ce que tu viens de faire, chaque détail était réfléchi, précis…” Tu m’épates, j’adorerais savoir faire ça. Et l’autre me répond humblement : “Oh tu sais, ça fait des années que je m’entraîne, tu y arriverais aussi avec un peu de pratique !” Là, la personne n’entend pas qu’elle est supérieure, elle entend notre admiration et vu que l’on dit précisément ce qui crée notre appréciation “chaque détail était réfléchi et précis”, cela incite l’autre à être encore plus précis sur chaque détail la fois d’après. Donc résultat, on fait monter son estime d’elle-même (et pas son orgueil) et elle tire parti de mon appréciation pour s’améliorer.

Exemple d’une appréciation négative :

Je souhaite faire remarquer à une personne que j’ai vu faire une chose qui ne me parait pas très logique selon moi et que la chose qu’elle a faite manque de précision, d’attention. Mon souhait est qu’il soit plus attentionné, plus précis car dans le fond je veux à la fois que les choses soient bien faites, mais aussi que les relations soient détendues et constructives et je lui dis : “Je viens de te voir faire et il y a un truc qui ne me parait pas très logique. As-tu remarqué ce détail ? J’ai l’impression que tu n’as pas fait attention ? Là, la personne n’entend pas qu’elle est stupide ou inattentive, elle entend qu’elle n’a pas fait attention à des détails et on lui montre précisément comment rectifier le tir.

Donc résultat, l’autre personne tire parti de mon appréciation pour s’améliorer et je n’ai pas fait baisser son estime d’elle-même, au contraire, elle peut même être fière d’avoir pu rectifier. Si elle le fait rapidement, elle se sent grandir, s’améliorer.

Exemple personnel

La dyslexie m’avait amené à une estime de moi très basse et je me sentais “nul et con” à force d’avoir entendu ces jugements à mon égard. Jusqu’à l’âge de 35/40 ans, j’avais l’habitude de dire “mais quel con ! ” à chaque fois que je faisais une erreur, une bêtise, que j’oubliais de faire une chose. 

Et ce “mais quel con !” était accompagné d’une sensation de douleur au ventre et dans le cœur. C’est comme si j’essayais de m’auto punir en m’insultant moi-même d’avoir fait une erreur ou d’avoir simplement manqué d’attention. 

Quand j’ai commencé à guérir mes parts blessées et à ne plus attacher mes actions à ma personne, la phrase mais quel con ! ” est devenue “hola, tu n’es vraiment pas concentré là ! et tout de suite je réalisais : “Mais oui, j’ai super mal dormi, c’est normal que je ne sois pas concentré !” Là où avant je me serais traité de con sans chercher à voir plus loin. 

La différence majeure entre juger et apprécier

Ce qu’il y a de fondamentalement différent entre juger et apprécier, c’est que :  

  1. On ne déforme plus la réalité : on ne colle pas une étiquette caricaturale sur soi ou sur l’autre. On souligne les faits avec précision afin de modifier ce qui nous gêne.
  2. On n’amalgame plus la personne et ses actions : on associe les actes à l’instant présent et pas à la personne, c’est le comportement ou l’attitude gênante qui est attaqué, pas la personne.
  3. On ne cherche plus à punir ou à récompenser personne : on cherche à clarifier la réalité, à aider à évoluer, l’intention reste fixée sur notre objectif qui est de partager ce qui nous va ou ce qui ne nous va pas, notre enthousiasme, notre gêne, notre inquiétude afin d’aider l’autre (ou nous) à rectifier le tir et à ajuster pour que le problème soit réglé.
  4. On ne peut pas nier une appréciation, alors qu’on peut nier un jugement : Si on voit un tableau de Picasso et qu’on dit « je n’aime pas du tout », personne ne peut nous dire « si tu aimes ! », alors que si l’on dit « ce tableau est affreux », on est presque sûr qu’un autre va dire « NON, moi je le trouve très beau ».
  5. On pointe du doigt ce que l’on souhaite : quand on dit « c’était trop salé pour moi » ou “j’adore ta crème pâtissière », l’autre sait exactement ce qu’il doit changer ou refaire s’il veut nous faire plaisir, alors que « ce n’était pas très bon » ou “c’est délicieux” ne donne aucune indication.

C’est un véritable changement de paradigme, de posture intérieure où l’on s’axe sur les faits, sur la réalité qui est devant nous, sans faire de caricature.

Là où l’on n’osait pas dire ce qui ne nous va pas (les critiques) par peur des conflits, ou que l’on n’osait pas dire ce qui va (les compliments) par peur d’enorgueillir l’autre.

Cela devient beaucoup plus simple d’être vrai et authentique avec les autres quand on apprécie au lieu de juger. Une appréciation sera beaucoup plus facile dire et à recevoir qu’un jugement caricatural.

Cela devient aussi beaucoup plus simple d’entendre les jugements et les critiques des autres, car on voit les caricatures, elles ne nous touchent plus personnellement et on cherchera à comprendre ce que l’autre essaie de faire ou de dire en nous jugeant, on saura pointer du doigt le changement que l’autre aimerait voir en nous.

Le jugement destructeur devient de la critique constructive.

illustration-article-inertie

Carte des parts libres “la critique constructive” 

Vous pouvez retrouver dans le jeu Gai-rire, la Méthode CAPT et les ateliers et séminaires DPEC tous les outils pour ne plus juger et transformer le plomb des tensions en or d’évolution.

Merci d’avoir lu cet article jusqu’au bout.

Vous vivez des conflits dans le couple ou des tensions répétitives ? La DPEC peut vous aider : découvrir la méthode | atelier mensuel | séance gratuite.

Voir aussi : le triangle de Karpman et la CNV.

—  Franck Nathie

 

Restez informé

Vous serez tenu au courant de nos derniers articles et vidéos, des prochains séminaires et activités de l’agenda.

🔒 Aucun spam. Désinscription en un clic.